Jean Ray et Harry Dickson

Publié le 15 Décembre 2012

 

On sait que Jean Ray fut chargé de traduire du néerlandais les fascicules Harry Dickson, le sherlock Holmes américain. Trouvant les histoires plates et sans relief, il commença à y ajouter de petites doses de sa touche personnelle et finit avec l'accord de l'éditeur par remanier complètement le récit d'origine. Sa seul contrainte était de rester fidèle au titre et à l'illustration de couverture signée Roloff.

Bien que baignant dans une atmosphère de mystère et de fantastique si chère à l'auteur, les enquêtes d'Harry Dickson font partie du fantastique expliqué, sans doute pour ne pas effaroucher les lecteurs d'enquêtes policières plus traditionnelles. Certes, on peut reprocher à ses histoires une fin parfois bâclée et des explications tirées par les cheveux, mais il ne faut pas oublier qu'il s'agissait d'un travail alimentaire et que jean Ray lâchant la bride à sa fertile imagination écrivait d'un seul jet l'ensemble du texte. Il s'empressait alors, souvent au terme d'une seule nuit, d'envoyer les feuillets à l'imprimeur sans prendre le temps de les relire et les corriger. Ces éléments donnent la mesure du talent de ce génial conteur Gantois. Loin de sa biographie légendaire d'aventurier et de coureur des mers inventée de toute pièce par lui et Henri Vernes, il faut savoir que Raymond Jean Marie de Kremer dit jean Ray, dit John Flanders, n'a jamais quitté sa bonne ville de Gand et n'a voyagé qu'à travers ses merveilleux écrits ce qui n'enlève rien à la grandeur du bonhomme.

 

Ce qui frappe dans les enquêtes d'Harry Dickson, c'est l'art avec lequel est mis en scène l'entrée en matière de chaque histoire. Jean Ray n'a pas son pareil pour instaurer en quelques phrases courtes et incisives une ambiance particulièrement prenante et camper en quelques traits les différents protagonistes qui joueront le rôle de victime ou de coupable.

Les lieux où opèrent le détective sont, entre autres, Londres la mystérieuse (où cohabitent toutes les couches de la société, de la riche aristocratie oisive à la population la plus misérable vivant au jour le jour) et la petite ville de Province.

 

Jean Ray décrit admirablement, avec son style inimitable composé de courtes phrases ponctuées d'un vocabulaire riche et désuet, les rues de Londres engluées de fog et les quartiers sordides abritant une faune interlope et miséreuse plongée dans le vice et le crime. Mais le mal revêt plusieurs habits et il n'est pas rare qu'il se dissimule sous l'or et les dorures de la plus haute aristocratie.

Sectes vouées à d'antiques Dieux païens, confrérie ésotérique à la poursuite de pouvoirs surnaturels, anciens habitants maléfiques de contrées oubliées trouvent refuge dans l'ombre de la grande dame à l'abri de ses ruelles torves, de ses hôtels particuliers, de ses grandes maisons bourgeoises.

 

L'autre lieu qu'affectionne particulièrement Jean Ray est la petite ville de province grise et morne, battue par la pluie, repliée sur elle même et ses traditions séculaires .

Peuplée de bourgeois, de petit rentiers et de vieilles filles desséchées à la vie régulière et monotone, ce petit monde somnole en de vastes et tristes maisons où le plus grand plaisir reste les délices de la bouche et ne sort de sa léthargie qu'une fois par semaine lors de soirée où les cancans vont bon train. Jean Ray l'épicurien nous fait saliver en détaillant le menu de ces agapes vespérales prises dans de confortables salles à manger éclairées de lampes carcel et réchauffées par la salamandre aux yeux de mica.

 

Dans ces différentes existences routinières et casanières surgit soudain l'inexplicable, le crime, la disparition, alors, quand Scotland yard patine et que le mystère s'épaissit, on fait appel au grand Harry Dickson secondé de son élève Tom Wills!

Alliant une grande science du déguisement à une solide connaissance psychologique de la nature humaine, il s'investit corps et âme dans l'affaire qu'on lui soumet qu'elle soit cause national ou qu'il s'agisse d'aider une ouvrière désargentée.

Alternant action sur le terrain et intense réflexion dans son home de Baker street à grand renfort de fumée de tabac, il n'a de cesse de démasquer les coupables au péril de sa vie quitte à parfois y perdre son cœur. ( Notamment avec Georgette Cuvelier, la fille du professeur Flax ou dans  Le châtiment des Foyle  )

Soulevant le voile des apparences, il met en lumière les plus noirs secrets : le notable respecté a une double personnalité, l'une d'elle incarnant le dieu vengeur d'un ancien culte romain : Le dieu inconnu, les trois vieilles filles confites et dévotes tout de noir vétues sont à la tête d'une bande de redoutables malfaiteurs ou les mantes religieuses au service d'un dieu antique aux sacrifices sanglants (Le jardin des furies, Les yeux de la lune, La rue de la tête perdue, La citée de l'étrange peur, le portrait de Mr Rigott), le rentier sédentaire a autrefois parcouru de nombreux pays exotiques.

 

Il est amusant de constater que Jean Ray auteur de nouvelles fantastique s'immisce parfois dans l'univers Dicksonnien. Ainsi dans le monstre blanc, il insère mot pour mot un extrait de sa nouvelle fantastique La bête blanche. La cité de l'étrange peur fait évidemment référence à son roman la cité de l'indicible peur, l'explication rationnelle des spectres-bourreaux a son pendant fantastique dans la nuit de Pentonville. Le thème des univers intercalaires ouvert par l'abstraction mathématique se retrouve dansles mystérieuses études du Dr Drum même si, au final, il ne s'agit que d'une supercherie à but bassement mercantile.

 

Pour découvrir ou redécouvrir Harry Dickson, il ne vous reste que les bouquinistes et les ventes en ligne. Mais la recherche en vaut la peine, le charme de l'écriture de Jean Ray agit toujours.

 

Pour découvrir Jean Ray voici l'adresse d'un site très complet :

 

http://www.noosfere.com/heberg/Jeanray/

 

Bonne lecture !

 

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Photo et texte : kakobrutus

 


Rédigé par Kakobrutus

Publié dans #Jean Ray

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