Traduction de Montague Rhodes James - The treasure of Abbot Thomas -1ère partie

Publié le 17 Mai 2010

 

N'ayant pas jusque là réussit à trouver le livre en français regroupant l'intégral des ghost stories de Montague Rhodes James paru chez le défunt éditeur NEO (Nouvelles éditions Oswald) et quasi introuvable, j'ai pris mon courage à deux mains (et mon dictionnaire) pour faire la traduction de quelques nouvelles de cet auteur incontournable d'histoires de fantômes que j'admire depuis toujours.

J'espère que ces humbles traductions vous satisferont, les textes originaux en anglais se retrouvent facilement sur le net, M.R.James étant encore très populaire dans son pays d'origine.


 

 

                     Le trésor de l'abbé Thomas

 

 

 

                                              I

 

 

« Verum usque dans praesentem multatuli garriunt Canonici de abscondito quodam istius Abbatis Thomae thésuaro, quem saepe, quanquam adhuc incassum, quaesiverunt Steinfeldenses. Ipsum enim adhuc Thomam Florida en aetate existentem ingentem aurifères massam vers manasterium defodisse perhibet ; De multoties interrogatus ubi quo, Esset, cum le risu respondere solitus erat : « Job, Johannes, et Zacharias vel vobis vel posteris indicabunt » ; Idemque aliquando adiicere se inventuris invisurum minime. Entre autres huius Abbatis opéra, praecipue hac sur la memoria dignum iudico qui n'est fenestram magnam dans orientali parte : alae dans australe Sua optime imaginibus Ecclesia in vitro de depictis impleverit ; identifiant qui n'est ipsius et des effigies et insignes ibidem posita  demonstrant. Gerda quoque abbatialem interfèrent totam restauravit : puteo dans atrio ipsius effosso et lapidibus marmoreis pulchre caelatis exornato. Decessit autem », morte aliquantulum subitanea perculsus, Agramunt suae annotations Lxxii(faire) incarnationis dominicae vero mdxxix.

 

« Je suppose que je vais devoir traduire ceci » se dit l'antiquaire, comme il finissait de copier les lignes ci-dessus, tirées d'un livre plutôt rare et excessivement diffus : « le « sertum steinfeldense norbertimnum ».

 

«  Bien, autant le faire maintenant» et, en conséquence, le texte suivant fut rédigé rapidement :

 

«Jusqu'à ce jour, il y a eu beaucoup de rumeurs entre les chanoines à propos d'un certain trésor caché par l'Abbé Thomas, pour lequel ceux de Steinfield ont fait beaucoup de recherche jusqu'ici en vain.

 

  L'histoire raconte que Thomas, alors qu'il était encore dans la force de l'age, a dissimulé une grande quantité d'or quelque part dans le monastère.

 

  Il était souvent interrogé sur l'endroit et répondait invariablement en riant : « Job, Jean et Zacharie, chacun d'eux vous le dira, à vous ou à vos successeurs. »

 

Il ajoutait quelquefois qu'il ne garderait pas rancune envers ceux qui le trouveraient. Parmi les autres travaux entrepris par  cet Abbé, et comme l'atteste la présence de son effigie et de ses armes, on peut spécialement mentionner les  peintures de la grande fenêtre à l'extrémité Est de l'aile sud de l'Eglise avec des personnages admirablement peintes sur verre. Il a également fait restaurer la quasi totalité du logement de l'Abbé et fait creuser un puits dans la cour de celui-ci qu'il a orné de belles sculptures en marbre. Il est mort plutôt subitement dans sa 72ème année A.D. 1529 ».

 

  Le but que l'antiquaire se fixait à présent, était de retrouver les lieux  où pouvaient se trouver les vitraux de l'église abbatiale de Steinfield.

 

En effet, peu de temps après la révolution, une grande quantité de verres peints provenant d'abbayes dissoutes d'Allemagne et de Belgique arrivèrent en Angleterre et on peut maintenant les voir ornant différentes églises, cathédrales et chapelles privées de notre pays.

 

 

L'Abbaye de Steinfield, parmi ces contributeurs involontaires, a apporté une part considérable à nos possessions artistiques (je cite le préambule un peu lourd du livre écrit par l'antiquaire) et une grande part du verre de cette institution peut être identifiée sans trop de difficulté avec l'aide, soit de nombreuses inscriptions mentionnant leur origine, soit grâce au sujet des vitraux dans lesquelles une trame narrative bien définie y est représentée.

 

Le passage avec lequel j'ai commencé mon récit a mis l'antiquaire sur la voie d'une autre identification. Dans une chapelle privée, peu importe où, il a vu trois grandes figures, occupant une grand place dans une verrière et, de toute évidence, c'était le travail d'un seul artiste.

 

Le style donne à penser que le verrier a dû être un allemand du XVIème siècle, mais trouver la localisation exacte a été jusqu'ici un vrai casse-tête. Ils représentaient (serez-vous surpris d'entendre ceci) Job le patriarche, Jean l'évangeliste, Zacharie le prophète, et chacun d'eux tenait un livre ou un parchemin où étaient inscrite une phrase tirée d'un de leurs Ecrits.

 

L'Antiquaire les a noté comme allant de soi et il a été frappé par la manière dont ils différaient par rapport à d'autres textes de la Vulgate qu'il avait été en mesure d'examiner.

 

Ainsi sur le manuscrit de Job était inscrit : « auro est locus in quo obsconditur » (pour conflatur) ; sur le livre de Jean, il y avait : « habent in vestimentis suis scripturam quam nemonovit » (pour in vestimento scriptum, les mots suivant étant tirés d'un autre verset) et pour Zacharie : « super lapidem unum sptem oculi sunt » (le seul des trois présentant un texte inchangé).

 

Notre enquêteur est resté perplexe en se demandant pourquoi ces trois personnages avaient été placés ensemble sur le même vitrail. Il n'y avait pas de lien qui les unissait que  ce soit historique, symbolique ou doctrinal et il ne put que supposer qu'ils avaient fait partie d'une grande série de prophètes et d'apôtres qui aurait remplie, par exemple, les verrières du triforium d'une grande église.

 

Mais le passage du « sertum » avait modifié la situation en montrant que les noms des personnages représentés dans le verre de la chapelle de Lord D avaient été constamment sur les lèvres de l'Abbé Thomas Von Eschenhause de Steinfeld et que ce même abbé avait mis en place un vitrail probablement en 1520, dans l'aile sur de son église abbatiale.

 

Ce n'était pas une folle conjecture de croire que ces trois personnages ont fait partie de la réalisation de l'Abbé. Ceci pouvait sûrement être vérifié par un examen attentif du vitrail.

 

Comme M Somerton n'était pas trop occupé, il se mis en route sans tarder vers la chapelle privée.

 

Son hypothèse fut pleinement confirmé. Non seulement le style et la technique du verre coïncidait parfaitement avec la date et l'endroit requis mais, sur un autre vitrail acheté en même temps que celui des figures, on trouvait les armes de l'Abbé Thomas von Eschenhausen.

 

Régulièrement, au cours de ses recherches, M Somerton avait été hanté par le souvenir des rumeurs sur le trésor caché et comme il pensait à la question, il devint de plus en plus évident que, si l'abbé voulait indiquer une piste par ces réponses énigmatiques aux questions qu'on lui posait, c'était que le secret devait être trouvé quelque part dans son Eglise abbatiale.

 

En outre, il était indéniable que les textes curieux sélectionnés sur les parchemins du vitrail faisaient référence au trésor.

 

Mr Somerton avait noté scrupuleusement chaque particularité ou marque, laissé par l'Abbé à la postérité, qui pouvait l'aider à élucider cette énigme et de retour chez lui avait brûlé beaucoup d'huile à tracer croquis et esquisses tard dans la nuit.

 

Après deux ou trois semaines, il annonça à son domestique qu'il devait préparé leurs affaires pour un court voyage à l'étranger où, pour le moment, nous ne pourrons pas les suivre.

 

 


 

 

 

 

 

II

 

 

 

Par une belle matinée de début d'automne, M Grégory, le recteur de Parsbury, était parti se promener avant le déjeuner au bout de son avenue avec l'intention de rencontrer le postier et de respirer l'air frais.

 

Avant d'apercevoir le facteur, il avait eu le temps de répondre aux diverses questions de sa progéniture qui l'accompagnait et que les jeunes enfants posent avec la candeur qui leur est propre.

 

Dans son courrier, parmi les différentes factures, il y avait une lettre portant un cachet et un timbre étranger (qui devint l'objet d'une convoitise entre les jeunes Grégory) écrite par une main anglaise dans un langage simple et direct.

 

Quand le recteur l'ouvrit et regarda la signature, il réalisa qu'elle venait du valet personnel de son ami M Somerton. Celle-ci disait :

 

Honorable Sir,

 

Comme j'ai une grande inquiétude au sujet de mon maître, je vous écris, Monsieur, dans l'espoir que vous aurez la bonté de venir jusqu'à nous. Mon maître a eu un vilain choc et doit garder le lit. Je ne l'ai jamais vu dans cet état; mais il ne veut voir personne excepté vous, Monsieur.

 

Mon maître mentionne que le plus court chemin pour venir ici est d'aller jusqu'à Coblence puis de prendre un cabriolet.

 

J'espère avoir été assez clair, bien que mon esprit soit confus et que je sois anxieux et désemparé, la nuit venue.

 

Si je peux me permettre cette familiarité, Monsieur, ce sera un plaisir de voir un honnête visage anglais au milieu de tous ces étrangers.

 

Je suis, Monsieur, votre humble serviteur.

 

William Brown

 

PS : le village  où nous nous trouvons se nomme Steinfieid.

 

 

Le lecteur voudra bien imaginer la surprise, la confusion et la préparation précipitée qu'occasionna la réception d'une telle lettre dans la vie calme d'un recteur du Berkshire en l'an de grâce 1859.

 

Il me suffit de dire que le train fut  prit dans la journée, que M Grégory fut en mesure de réserver une cabine dans le bateau pour Anvers et une place dans le train pour Coblence. Il ne fut alors pas difficile de rejoindre le centre de Steinfield.

 

 

 

J'ai un grand handicap comme narrateur de cette histoire, puisque je n'ai jamais visité Steinfield et qu'aucun des principaux acteurs de cet épisode (de qui je tiens mes informations) ne fut capable de me donner une description précise sinon une vague et  lugubre idée de son apparence :

 

Une petite ville avec une grande église dépouillée de ses anciennes splendeurs entourée de grands bâtiments en ruines du XVIIème siècle.

 

Il ne m'a pas semblé utile de faire une visite de l'endroit, même si il est sûrement plus attrayant que ne le pense M Somerton ou M Grégory, il n'a manifestement peu, voir aucun intérêt, à l'exception d'une chose que je regrette de ne pas avoir vu.

 

Le gentleman anglais et son domestique ont été logés à l'unique auberge du village. M Grégory y a été conduit par son chauffeur et a trouvé M Brown attendant à la porte.

 

M Brown, chez lui un modèle de serviteur flegmatique et impavide, était, hors de son élément, anxieux, presque irritable et visiblement pas maître de la situation.

 

Son soulagement à la vu de « l'honnête visage britannique » du recteur fut incommensurable, mais les mots pour le décrire lui manquèrent, il put seulement dire :

 

- «  Hé bien, je suis enchanté de vous voir, Monsieur, comme le sera aussi mon maître, j'en suis sûr »

 

- « comment va votre maître, Brown ? » le coupa impatiemment M Grégory.

 

- «  je pense qu'il va mieux, Monsieur, merci, mais il a vécu un moment atroce. Je pense qu'il a besoin de sommeil maintenant mais... « 

 

- « Que s'est-il passé, votre lettre n'en parle pas ? A-t-il eu un accident de quelque sorte ? »

 

- «  hé bien, Monsieur, je ne sais pas si je dois vous en parler, Mon maître a été très clair, il veut être le premier à vous le dire. Mais il n'a rien de cassé, c'est la seule chose dont nous pouvons nous estimer heureux ».

 

- « qu'a dit le docteur ? » demanda M Grégory.

 

Ils étaient alors devant la porte de la chambre de M Somerton et parlaient à voix basse.

 

M Somerton faisait courir nerveusement ses doigts sur le panneau de la porte. Avant que Brown puisse répondre, il y eu un cri terrible venant de la chambre.

 

- « Au nom de Dieu, qu'est-ce-que c'est ? » fut les premiers mots qu'il entendit, « Brown, est-ce vous ? »

 

- « Oui, c'est moi, avec M Grégory » s'empressa-t-il de répondre et il y eu un soupir de soulagement audible de l'autre côté de la porte.

 

Ils entrèrent dans la chambre plongée dans la pénombre et M Grégory vit avec stupéfaction son ami assis dans le lit, la main tendu pour l'accueillir, son visage habituellement calme avait les traits tirés et des gouttes de sueur perlaient sur son front.

 

- « Je n'ai jamais été aussi content de vous voir, mon cher Grégory » fut la réponse à la première question du recteur, et c'était manifestement vrai.

 

Après cinq minutes de conversation, M Somerton était redevenu lui-même. Brown rapporta par la suite quel avait été son état, auparavant mais il pouvait maintenant prendre un vrai repas et se sentait capable de supporter un voyage à Coblence dans les 24 heures.

 

« Mais il y a quelque chose » dit-il redevenant nerveux « que je vous demande de faire pour moi, mon cher Grégory ».

 

Il lui pressa la main pour prévenir toute interruption : « ne me demandez pas ce que c'est, ni pourquoi je le fais. Je ne suis pas encore près à l'expliquer, c'est encore trop récent et enlèverait le bienfait que vous m'avez apporté en venant. La seule chose que je peux dire est que vous ne courrez aucun risque en le faisant et que Brown vous montrera demain de quoi il retourne. Il s'agit simplement de remettre quelque chose en place pour garder... non ; je ne peux en parler encore. Voulez-vous appeler Brown ? »

 

- « Bien Somerton » dit M Grégory comme ils se dirigeaient vers la porte « je ne vous demanderai aucune explication jusqu'à ce que vous soyez prêt à me les donner. Et si le service est aussi facile que vous le dites, je serai heureux de l'effectuer tôt dès demain »

 

- « Ah ! J'étais sûr que je pouvais compter sur vous, mon cher Grégory, je ne sais pas comment vous remercier. Maintenant, à Brown. Brown, un mot avec vous ! »

 

- « Dois-je sortir » interrogea M Grégory.

 

- « Non , mon Dieu, non pas du tout. Brown, la première chose demain matin, c'est d'emmener le recteur là où vous savez » (un hochement de Brown qui attend, grave et anxieux) et de remettre à vous deux la chose en place. Ne soyez pas alarmé, il n'y a aucun danger dans la journée. Vous savez de quoi je parle. Elle est couché sur le sol à l'endroit – à l'endroit où nous l'avons laissée » (Brown déglutit deux ou trois fois et, à défaut de parler, s'inclina).

 

« Voilà, c'est tout. Encore un mot, mon cher Grégory. Si vous pouvez vous abstenir d'interroger Brown, je vous en serai reconnaissant. Demain soir au plus tard si tout va bien, je serai capable de vous expliquer l'histoire du début à la fin.

 

Et maintenant, je vous souhaite une bonne nuit. Brown sera avec moi, il dort ici. Et si j'étais vous, je verrouillerai ma porte. Oui, une habitude qui se fait ici, les gens préfèrent et je les comprend. Bonne nuit, Bonne nuit !! »

 

Ils se séparèrent là-dessus et, si M Grégory se réveilla aux petites heures de la nuit, imaginant entendre un tâtonnement au bas de sa porte verrouillée, il fut moins surpris que ce que l'on pourrait attendre d'un homme calme, réveillé dans un lit étranger en plein coeur d'un mystère. Pourtant il se rappellerait jusqu'à la fin de ces jours ces bruits entendus entre minuit et le lever du soleil.

 

Il se leva dès l'aube et sortit en compagnie de Brown peu de temps après.

 

Perplexe quand au service à rendre, celui-ci fut néanmoins effectué sans difficulté ni alarme et ils étaient de retour à l'auberge, moins d'une demie-heure après leur départ.

 

Ce que c'était, je ne peux encore le divulguer.

 

Tard dans la matinée, M Somerton, redevenu lui-même, fut capable de quitter Steinfield.

 

Le soir même, il raconta enfin son histoire.

 

Brown était présent, mais, bien que tout fut exposé le plus clairement possible, je ne peux jurer qu'il ait saisi tout le fil de l'histoire.

 

 


 

 

 

Rédigé par Kako's World

Publié dans #Montague Rhodes James

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